Mon travail!
Jusqu’à présent je ne pense pas avoir décrit mon travail. La raison
est simple, je ne savais pas trop comment m’y prendre. Quelques qualificatifs pour commencer… très diversifié, surprenant, imprévisible!
Le titre le plus approprié pour mon travail serait organisatrice communautaire scolaire mais le titre réel est
conseiller en éducation. Donc, je travaille avec quatre écoles primaires de la communauté de Meskine avec tous les acteurs de la communauté
éducative plus précisément les directeurs, les enseignants, les comités de parents, les groupes de femmes (mères), les comités d’école, les élèves, le lamido…etc.! Lorsque je travaille sur le terrain, le nombre de personnes avec qui je dois interagir dans mon quotidien est énorme. Et ici, pas de passes droits, il faut prendre le temps de s’arrêter, de saluer, de s’informer à (ou d’informer) chacun qui croise notre chemin. C’est long et
parfois exaspérant (surtout sous le soleil!) mais cela à tout de même un avantage puisque c’est la base de toutes communications efficaces dans notre contexte Camerounais. Je commence tout juste à reconnaître plusieurs de ces personnes lorsque je les rencontre hors contexte. Ces
rencontres informelles sont souvent les plus bénéfiques!!!
Mon homologue, Djamila, une jeune femme (22 ans) mature, brillante,
intéressante, traditionnelle et moderne, avec qui je partage mon travaille quotidien m’aide grandement dans la reconnaissance de tous ces visages. Il faut dire que même elle est parfois un peu
dépassée. Djamila est depuis le début une fidèle collaboratrice sans qui le travail aurait été presqu’impossible. Elle est mon interprète
communautaire. Elle m’aide à comprendre les rôles sociaux, les problématiques, les différences
culturelles, les croyances locales, m’explique les façons de faire, ce qui me permet de mieux mettre en contexte mes idées d’interventions avec la communauté. Elle valide, modifie, bonifie toutes
les interventions. Bien sur, puisque la seule langue parlée pour plusieurs dans la communauté est le fulfuldé, elle doit agir d’interprète à ce
niveau également.
Le but ultime du mandat est l’amélioration de l’éducation dans un contexte de développement avec des objectifs
spécifiques (et très large en même temps!) établis par VSO et inspirés par le respect des chartes et
des conventions des droits de toutes sortes que le Cameroun a ratifiées mais n’arrive pas à mettre en œuvre. Le fait de s’associer à des ONG pour
tenter de faire un pas afin de respecter quelques grandes lignes de celles-ci est suffisant pour qu’un pays puisse promouvoir ces bonnes intentions au reste du Monde peu importe l’effort réel que celui-ci déploie.
Nos objectifs sont d’améliorer la qualité de l’enseignement, promouvoir la bonne gouvernance (sans petite
corruption, ah!), promouvoir l’accessibilité de l’éducation surtout des filles, améliorer la participation de la communauté. Au cours des dernières
années, chaque école a établi un plan d’action afin d’établir une vision communautaire donc, en théorie, réalisable avec des actions spécifiques, si petites soient-elles, afin de faire un pas
vers ces grands objectifs sur une période de 5 ans. Notre rôle est donc d’aider du mieux possible dans l’implantation de ces petits pas annuels
choisis par la communauté afin de réaliser ce fameux plan d’action. Pour ici, le concept du plan et les idées très simples qui en découlent semblent
des innovations! Juste l’idée d’approche participative, qui est la base de ces plans et qui sous-entend un peu de démocratie, est vraiment inconnu ou
appliquer tant bien que mal teinté par le sentiment de supériorité et de droits acquis qui accompagne tout individu qui porte un titre (à la limite le titre d’homme plutôt que femme suffit dans
plusieurs contextes!) dans la communauté.
Comment toute cette théorie se traduit-elle sur le terrain et dans mon quotidien?
· Tournées régulières des écoles pour
rencontrer les enseignants et/ou directeurs dans leur quotidien afin de jaser de la pluie et du beau temps…Sérieusement, les gens ici parle très peu de la température. Le ciel est bleu et le soleil brille à chaque jour. Je ne manque surement pas de vitamine D… La pluie arrivera
seulement en mai. Le sujet est bref. Parfois, on demande
‘Comment la chaleur?’ Sérieusement, on leurs formule des demandes, leurs donne des nouvelles ou des
rappels sur les activités pédagogiques à venir, on échange sur des idées d’atelier ou sur des préoccupations qu’ils vivent au quotidien avec les élèves ou les parents…
· On fait des tournées de classe pour demander aux élèves de communiquer aux parents ou aux mamans la prochaine réunion de leurs
comités d’école respectifs. La mobilisation, l’organisation et l’animation reposent presqu’entièrement sur nos épaules mais on tente
d’impliquer et d’inciter l’initiative locale qui est le but ultime de nos interventions. Mon rôle est vraiment très variable à ce niveau. Il peut être de motiver un groupe à organiser une réunion, d’élaborer l’ordre du jour de la réunion, d’animer la
réunion, de suggérer des nouveaux outils de travail (comment tenir le livre de compte, comment déterminer un budget prévisionnel de façon plus réelle, …) ou des idées d’activités, d’expliquer le
rôle des différents comités, d’émettre une opinion… Tout ça dans le but de mettre en place et maintenir le cap sur le fameux plan d’action rédigé
dans les années passées par chaque école. Il est plutot difficile de mobiliser les gens donc ces reunions ne sont pas tres nombreuses!
· Selon l’une des thématiques des nombreuses journées internationales célébrées ici, on présente des ateliers dans certaines classes. Par exemple, la
journée HIV-SIDA, la journée de la langue maternelle, la journée des droits de l’enfant, la semaine du bilinguisme, la journée de la jeunesse…enfin,
chaque semaine, le Cameroun semble avoir une journée de quelque chose à célébrer. On choisit nos thèmes, on bâtit de courts ateliers à présenter en
classe aux élèves ou des activités en lien avec ces journées.
Le défi est toujours intéressant puisqu’aucun matériel n’est
disponible et le tableau de classe presqu’illisible tellement il est rugueux et vieux. Certains élèves chanceux ont un crayon, un Bic, une ardoise et
un cahier. D’autres possèdent seulement certains de ceux-ci et certains aucun. Des photocopies, des
livres, des images, des dessins, des feuilles blanches, des crayons de couleurs, une règle, un efface sont tous des instruments de technologie inaccessibles. Mais il faut dire qu’étant volontaire
internationale, j’ai accès à du papier conférence et des marqueurs de 4 couleurs! Vraiment ce matériel m’est très utile.
· Pour la formation des enseignants, nous avons présenté des ateliers sur les droits de l’enfant, la
gestion de la discipline en classe (réflexion sur l’utilisation du châtiment corporel), l’utilisation du travail de groupes restreints en classe
(plusieurs classes ont de 100 à 140 élèves!) et dernièrement nous avons travaillé sur une formation de 4 jours pour les enseignants non-formés qui sont assignés dans nos écoles. Je me suis fortement amusée à travailler sur les mathématiques et l’utilisation de matériel concret en classe.
C’est impressionnant tous les concepts possibles de travailler avec peu de matériel!
· Dernièrement nous avons également présenté un atelier communautaire d’une journée sur la Convention contre la
discrimination à l’égard des femmes et le genre à un groupe composé majoritairement d’hommes musulmans traditionnels analphabètes. Défi très intéressant à relever dans la préparation de l’atelier. La participation des hommes fut un grand succès. Malheureusement, il
nous sera impossible de voir quels petits pas ils prendront dans leur quotidien…s’ils en prennent!
· Toutes ces activités sont entrecoupées par des formations ou des réunions avec le bureau de VSO. Des formations sur des thématiques liés au programme d’éducation ou plus large comme la gestion des conflits, ou des réunions pour évaluation des programmes, ou
la présentation d’outils de travail, ou sur l’élaboration du programme de volontariat national ou sur la préparation d’une journée thématique qui concerne tous les volontaires ou toutes les
communautés…
Les idées ne manquent pas mais le temps me manquera surement. D’ici
peu, on devrait organiser 2 autres ateliers communautaires d’une journée. Une qui s’adressera aux filles et leurs mères sur le genre ou le
plaidoyer. Et une pour les parents (hommes ou femmes) sur la décentralisation du pouvoir et le plaidoyer. Ces deux derniers ateliers sont à bâtir d’ici les prochaines semaines. Il faudra valider le plan d’action annuel
de chaque école pour la prochaine année scolaire. J’aimerais organiser un concours de fabrication de jouet, une exposition des travaux d’élèves,
présenter avec l’aide des mamans de courts ateliers sur les méfaits des sacs de plastiques et le nettoyage communautaire, d’autres ateliers avec des mamans âgées qui répondent aux questions des
enfants sur la vie d’avant. Nous en avons faits 2 lors de la journée de la langue maternelle et ce fut vraiment intéressant! La démarche pour la réussite d’une ou l’autre de ses idées est toujours imprévisible. À voir ce qu’on arrivera à
faire et surtout ce qu’on n’avait pas imaginé qui se présentera sur notre chemin d’ici la fin juin.
Petits anecdotes
ü Une des volontaires a une douche avec de l’eau courante mais il n’y a pas d’égout pour éliminer l’eau.
Donc l’utilisation de la douche provoque l’inondation de la maison… Chez nous, on a les tuyaux dans la salle de bain et même l’égout mais pas
d’eau!!!
ü Nous sommes allés faire de la randonnée à Douroum. Les infrastructures touristiques à Maroua sont déjà
plutôt sommaires donc celles à l’extérieur presqu’inexistantes. À Douroum, il y a un petit hôtel formé de 4 boukarous (huttes de ciment). Un cuisinier nous prépare un peu de bouffe sur commande avec ce qu’il peut trouver au village… Pour déjeuner, la
table est mise avec tasse, bol, soucoupe, ustensiles, napperons, etc… Vraiment presque chic, probablement la table la mieux mise jusqu’à présent.
Pour commencer, on a droit à un café délicieux préparé dans une cafetière expresso Italienne! Wow, quel bon début! Quelqu’un l’a ramené d’Italie
puisqu’elles ne sont pas disponibles ici. Après, on reçoit quelques petits beignets gras et c’est tout.
Rien de plus n’est disponible au village… L’avantage, pas trop de vaisselle à nettoyer après le déjeuner considérant le peu d’eau disponible au village.
ü Un petit bar servant des boissons gazeuses et de la bière est annexé à l’hôtel. Ils ont un frigo qui
fonctionne le soir seulement (pour certains villages qui sont branchés, l’électricité est disponible seulement en soirée). Quelque chose de froid à
boire?…un rêve! Au mieux un peu plus frais que la température ambiante. Lors de notre séjour, les
villageois se préparaient à la fête de Pâques. C’est un village catholique. On installait de grandes boîtes de son arrivées à dos de moto jusqu’au
village et devinez qu’est-ce qui a joué? Céline Dion! Il faut vraiment voir le village pour comprendre
à quel point cela est surréel!!!!
ü À Djingala, on nous a offert du poulet pour souper… Il a fallu se décider dès le matin puisque quelqu’un
doit aller trouver qui va lui vendre un poulet au village, le ramener à la cuisinière qui va le tuer, le déplumer et le faire cuire!
Nous sommes présentement en vacances de Pâques et nous avons décidé de visiter davantage l’Extrême-Nord du
Cameroun. Les petites excursions que nous avons faîtes jusqu’à présent sont vraiment magnifiques. Les paysages parsemés de regroupement de huttes
typiques aux différentes tribus de chaque région sont également surréels et indescriptibles!